Ce que l'Inde m'a appris à 19 ans


Je n'avais jamais rien vu de tel.

C'était 1984. Mon ami m'avait invitée à rejoindre ses parents expatriés dans le sud de l'Inde. Son père gérait une entreprise de coton là-bas depuis vingt-cinq ans. Pour moi, fille de Niort qui avait déjà goûté à l'Espagne et à l'Angleterre, ce voyage représentait quelque chose d'une toute autre nature.

Nous avions traversé quatre cent soixante-dix kilomètres en voiture avec leur chauffeur jusqu'à Kodaikanal, leur maison de vacances dans les collines. Quatre cent soixante-dix kilomètres de paysages, de routes poussiéreuses, de scènes de vie que je n'avais pas les mots pour décrire.

C'est là que quelque chose s'est fissuré en moi. Doucement. Définitivement.

Ce que l'on ne peut pas désapprendre

La souffrance humaine que j'ai vue le long de ces routes n'était pas abstraite. Ce n'était pas dans un documentaire. C'était réel, immédiat, impossible à mettre à distance.

Je n'étais pas préparée à ça. Personne ne m'avait dit comment réagir. Personne ne pouvait me le dire.

Ce voyage m'a appris quelque chose qu'aucun cours ne m'aurait enseigné : la compassion ne s'apprend pas dans les livres. Elle se déclenche dans le corps, devant la réalité d'une autre vie.

J'avais dix-neuf ans. Je suis rentrée différente.

Les voyages qui fissurent

L'Espagne m'avait appris que l'amitié traverse les frontières. L'Angleterre m'avait appris que je pouvais survivre à l'inconfort et à la pluie. L'Inde m'a appris que le monde était infiniment plus grand et plus complexe que tout ce que j'avais imaginé depuis Niort.

Ces trois voyages avaient fissuré les certitudes que j'avais intégrées sans m'en rendre compte. Ces fissures ne se sont jamais refermées.

Et c'est exactement ce qu'elles devaient faire.

Parce que les voyages qui nous transforment ne sont pas ceux où tout se passe bien. Ce sont ceux qui confrontent ce qu'on croyait savoir sur le monde, et sur soi-même.

Ce que ce voyage m'a laissé

Une conscience. Un inconfort moral que j'ai appris à habiter plutôt qu'à fuir. Et une certitude : voir le monde tel qu'il est, pas tel qu'on voudrait qu'il soit, est une forme de sagesse en soi.

C'est cette leçon que je raconte dans le Tome 2 de La Sagesse de la Fraise - L'Adolescence. Les années où le monde a commencé à m'enseigner ce que l'école n'avait pas pu.

La question de cette semaine

Quel voyage t'a confronté à quelque chose que tu ne t'attendais pas à voir, et qu'est-ce que ça a changé en toi ?

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Elisabeth Court, alias Babette
Auteure de La Sagesse de la Fraise

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