La Sagesse de la Fraise
Un livre sur la sagesse de la vie, née de 60 ans d'aventures internationales éclectiques - Bientôt disponible -
Chapitre 1 - Extraits
A six ans, je suis entrée en cours préparatoire dans la même école, et là, tout a changé. Ma maîtresse était très sévère. Elle parlait peu, ne souriait presque jamais, et laissait peu de place à l’erreur. Elle nous apprenait à écrire avec un stylo plume et de l’encre. Mon bureau avait un encrier toujours plein. Pour mes petites mains maladroites, c’était une source d’angoisse permanente ! Je n’arrivais jamais à éviter les ratures ni les tâches, et mes cahiers étaient rapidement décorés de ces petits accidents d’encre. Quand je faisais des taches, elle me donnait des coups de règle sur les doigts. Au lieu d’aller en récréation, je restais enfermée en classe pour corriger mes erreurs. Je pleurais souvent. Je me sentais honteuse et rejetée. Le plus difficile était l’humiliation. Elle nous faisait marcher dans la cour avec nos feuilles tachées d’encre accrochées dans le dos.
Je pratique maintenant dans mon foyer ce que j’appelle la “philosophie de la fraise” :
Douceur dans les paroles, même quand la journée pique un peu.
Patience, parce qu’aucune graine ne pousse en un jour.
Gratitude, parce qu’il y a toujours quelque chose à savourer, même dans les moments de pluie.
Et surtout, la présence. Parce que ce qu’un enfant désire plus que tout, ce ne sont pas des cadeaux, c’est qu’on soit vraiment là à ses côtés. Les moments de qualité ne se comptent pas en minutes, mais en attention sincère.
Chapitre 2 - Adolescence - Extraits
Ce fut quatre cent soixante-dix kilomètres de paysages à me couper le souffle par leur diversité et beauté. Des babouins en bord de route, des plantations en paliers, des palais de Maharajah avec leurs jardins sublimes, des barrages gigantesques, des champs agricoles ou de palmiers à perte de vue, des montages aux cols étroits. Nous nous étions arrêtés en chemin pour dormir dans un lodge au milieu de la jungle à Mysore. Le lendemain matin après un copieux petit déjeuner, une surprise m’attendait : une balade à dos d’éléphant ! Bon, le confort, c’était autre chose, on se serait cru sur un château branlant, mais quelle expérience inoubliable avec l’observation en première loge de la faune et la flore, des oiseaux de toute beauté, des singes et des bruits étranges ! Le clou de cette expédition ? Croiser un bison indien ! Je n’en menais pas large sur le dos de cet éléphant massif à cinq mètres de ce bestiau. Le guide nous avait fait signe de rester silencieux, l’air de dire : “un geste de travers, et c’est un carnage.” Morte de peur, je n’avais jamais aussi bien écouté quelqu’un de ma vie !
Quand je réussissais – à la flûte, en mathématiques – une chaleur montait dans ma poitrine. Ce n’était pas seulement la vibration de la note mais la réalisation que j’avais eu le courage d’essayer malgré ma peur de ne pas y arriver, en me dépassant. C’était la preuve que je n’étais pas “nulle”, comme certaines phrases d’adultes avaient pu me le laisser croire mais je gardais une certaine fierté de mes quelques réussites.
Chapitre 3 - Vingtaine - Extraits
Nous avions fêté nos fiançailles l’été suivant avec une grande fête en France, dans la maison de mes parents en Vendée, entourés d'une trentaine de personnes, famille et amis autour d’une grande table. J’étais aux anges, très heureuse d’avouer mon amour et de renforcer ma relation avec A. C'était une fête tant réussie que même l’énorme brioche vendéenne des mariés a dansé après avoir absorbé un peu trop de liqueur des Chouans ! Ah, je me souviens encore du goût de cette brioche exquise, douce et moelleuse !
Ce que j’avais découvert, ce n’était pas “ma voie”, c’était ma disposition à continuer d’avancer sans la voir entièrement. Il n’y avait pas eu un grand saut spectaculaire mais une série de petits oui. Oui à des nouveaux postes, oui à une formation plus exigeante, oui à un environnement inconnu, oui à un départ.
Chapitre 4 - Trentaine - Extraits
Lors de la représentation de Volpone sur les planches du théâtre local, j'avais revêtu une belle longue robe. Hélas, vêtue d'un body plutôt léger dessous... lorsque Volpone m'avait poussée sur le lit de la scène, un craquement, puis : tous les boutons avaient décidé de s'ouvrir ! Heureusement, ces joyeux petits explosifs n'avaient pas été captés ni par le public ni par mes camarades, mais mon cœur avait fait un triple axel, je vous assure !
C'est à cette époque de ma vie que ma chère Annie, en mode ninja et aventurière du bien-être, m'avait envoyé une carte VIP pour le royaume du Qi Gong. La douceur où chaque geste se synchronisait avec notre souffle vertueux, avec une version de tai chi et son éventail tel une star d'un opéra chinois. [...] Si bien qu'après quelques mois, je m'étais retrouvée prof improvisée pour un groupe galopant sur le chemin de l'éveil, sous son œil protecteur provoquant des courbatures de rigolade... et j'avais adoré cela ! Ces cours étaient à la fois un remède et une galerie : éloignant mes nuages personnels en me concentrant sur cet art captivant qui m'avait séduit.
Mes années d'études orientales avaient fleuri en amitié et découvertes, les mystères décryptés de la santé cachée. Fragments de puzzle se mettant en place dans mon cerveau... médecine douce et extraordinaire. Je comprenais à partir de ce moment-là les raisons des maux dont j'avais fait l'expérience dans le passé et aussi réalisé combien notre corps est super complexe et interconnecté formant un tout intérieurement et extérieurement. J'étais fascinée par ce nouvel enseignement et désirait en apprendre toujours plus attendant avec impatience les cours du mois suivant.
Chapitre 5 - Quarantaine - Extraits
Détail savoureux : pas le droit de parler ni de faire des coucous complices pendant dix jours. Les débuts ressemblaient à une épreuve olympique : rester vissée à méditer sur mon coussin pendant des heures ! Jour quatre, j'eu une douleur aigüe au niveau de mon cœur qui m'avait fait sortir les larmes, si bien que j'avais dû sortir de la salle de méditation afin de ne pas déranger les autres personnes. [...] Les bénéfices dans ma vie furent plus de calme, de sagesse et de clarté dans mes pensées et croyances. J'avais surpassé et compris beaucoup de mes comportements passés et comment ne pas réagir dès que je me sentais affectée par des personnes ou évènements externes.
Lorsque je les voyais je cliquetais mon palais plusieurs fois pour leur faire coucou mais ils me regardaient se demandant sûrement pourquoi je faisais cela et ce que je leur voulais. [...] D'un seul coup je vois un singe Colombus en face de moi m'observant à travers le filet à insecte qui me protégeait, je sorti tout doucement de mon lit et alla voir de plus près, le singe bougea sur le côté de la hutte et lorsque nos regards s'étaient croisés je fus stupéfaite lorsque je le vis imiter mon cliquetis avec tant d'aplomb que j'en restais paralysée, bouche bée, sous le charme d'une telle intelligence ! Puis il partit dans la dense végétation et je ne le revis plus.
Nous les avions finalement trouvés perchés tout en haut d'arbres à plus de quinze mètres de haut et les avions approchés à six mètres de distance. Nous étions couverts de moucherons noirs qui étaient attirés par notre sueur et avions observé cet énorme gorille à dos argenté avec toute sa famille qui mangeaient les feuilles du haut des arbres. [...] Sa taille était vraiment impressionnante, son dos faisant presque la largeur d'une voiture, il devait peser plus de deux cent kilos ! [...] Certains se reposaient sur des branches plus basses et un petit faisait des cabrioles autour d'un tronc devant nos caméras, comme s'il savait que nous le prenions en photo. C'était un spectacle magique et extraordinaire qui est resté gravé dans ma mémoire à jamais.
Chapitre 6 - Cinquantaine - Extraits
Un vendredi soir, la veille du grand départ, l'appel des épices indiennes résonnait en moi, à deux pas de l'hôtel : enfin, je craquais pour ce resto où je passais devant matin et soir et qui était désert de clients la plupart du temps ! Un jeune homme au comptoir m'aidait à faire le bon choix puis m'avait demandé si je voulais dîner ici ou à emporter. Ayant remarqué qu'il n'y avait qu'un seul client à la terrasse je lui avais répondu que je ne dinerais sur place que s'il venait discuter avec moi à ma table, ce qu'il avait accepté avec plaisir. Me voici en tête à tête avec un citoyen Pakistanais qui m'avait étonné par la seule phrase française qu'il connaissait dont les mots sont dans un ordre différent de l'anglais « tu me manques » et « I miss you ».
Lundi : Argamasilla de Alba, me revoilà chez Susana 40 ans après ! L'Espagnol enfoui refait surface comme par miracle, et les retrouvailles se succèdent entre récits historiques et churros au chocolat chaud épais, quel régal et plaisir de revoir toute cette deuxième famille où j'étais encore reçue les bras ouverts ! J'avais revisité avec plaisir et émerveillement les sites, villes et villages des alentours sans trop m'en souvenir, et retrouvé encore plus d'inspiration assise sur la table d'écriture de Cervantes dans la cave où il avait été enfermé.
Après plus de deux ans que je suis en couple avec H, je me sens revivre, redevenir la véritable Babette, qui rigole beaucoup, fait l'imbécile, ose dire et faire plein de choses et de bétises, effrontée et enjouée parfois. Je ne m'étais pas rendue compte à quel point j'avais oublié toutes ces facettes de mon caractère et je me sens beaucoup plus sereine intérieurement, comme si mon âme avait retrouvé sa voie et revivait de plus belle !