MON ENFANCE A NIORT ET LA RESILIENCE
Il y a des leçons que personne ne t'enseigne directement. Elles arrivent comme par hasard, dans un jardin, un dimanche matin, les mains dans la terre.
J'ai grandi à Niort, dans une famille simple et chaleureuse. Mon père travaillait à la Poste. Ma mère dans une compagnie d'assurance. Tous les deux à dix minutes de la maison, tous les deux présents. La vie était ordinaire, rythmée par les saisons, les récoltes, et les promenades en forêt.
Mais c'est précisément dans cette ordinarité que j'ai appris la résilience.
Le jardin comme premier maître
Mon père consacrait ses soirées et week-ends au jardin. Fruits, légumes et mauvaises herbes. Il ne m'expliquait pas comment faire, il me montrait. Ecosser les petits pois, cueillir ce qui était mûr, observer ce qui poussait lentement.
La fraise, en particulier, m'a tout appris. Elle pousse au ras du sol. Elle demande de l'attention, de la patience. Elle ne se précipite pas. Et quand elle est prête, elle offre tout ce qu'elle a.
J'avais cinq ans. Je ne savais pas encore que j'apprenais à attendre, à observer, à faire confiance au processus.
Les moments difficiles ont aussi leur rôle
L'enfance n'était pas parfaite. Il y avait des peurs, la cave sombre, les cauchemars récurrents. Il y avait des punitions qui semblaient injustes à l'époque. Des moments où je me retrouvais seule avec quelque chose de difficile à digérer, au sens propre comme au figuré.
Mais ces moments-là ont construit quelque chose. Pas en me durcissant, en m'apprenant que l'inconfort passe. Que le lendemain existe. Que l'on peut traverser ce qui fait peur sans en mourir.
C'est ça, la résilience à l'état brut. Pas une technique. Une expérience répétée.
Ce que la nature m'a enseigné
Les dimanches en forêt avec mes parents restent parmi mes souvenirs les plus formateurs. Il s'arrêtait devant une colonie de fourmis et me disait : regarde. Juste ça. Regarde.
Ces fourmis construisaient quelque chose d'immense à leur échelle, sans chef visible, sans plan apparent. Chacune savait ce qu'elle avait à faire.
J'ai mis des années à comprendre ce que cette image m'avait transmis : la force ne vient pas toujours du bruit. Elle vient souvent du travail silencieux, régulier, ancré dans quelque chose de plus grand que soi.
La leçon que je porte encore aujourd'hui
Quarante ans de vie internationale plus tard, vingt pays traversés, plusieurs vies dans une seule, cette curiosité et cette capacité à me relever sont encore là. Intactes. Elles viennent de là, de ce jardin à Niort, de ces promenades en forêt, de cette enfance qui m'apprenait sans me le dire.
La résilience ne s'apprend pas dans les livres de développement personnel. Elle se construit dans les petits moments difficiles de l'enfance, quand on n'a pas encore les mots pour ce que l'on traverse, mais que l'on traverse quand même.
Et toi, quelle expérience de ton enfance t'a appris à te relever ?
Elisabeth Court, alias Babette
Auteure de La Sagesse de la Fraise